La grippe aviaire H5N1 au Sénégal dans un contexte de COVID 19: ce que le Gouvernement devrait faire (Par Dr Cheikh Tidiane Dieye)

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 La Direction des services vétérinaires du Sénégal a notifié à l’Organisation Internationale des Animaux (OIE), il y a deux jours, la présence de la grippe aviaire H5N1 dans notre pays. Le foyer de la maladie, qui se situe dans une ferme située à Pout, a été découvert suite à la mort de près de 60.000 volailles ces dernières semaines. La confirmation de la présence de la grippe aviaire a amené les autorités à abattre plus de 42.000 autres volailles.Ceci est une première pour notre pays qui était jusqu’ici relativement épargnée par la grippe aviaire.

En 2005, une épidémie de grippe aviaire avait décimée la filière avicole dans le monde. Même s’il n’était pas touché à l’époque, le Sénégal avait eu l’ingénieuse idée de fermer ses frontières aux importations de volaille étrangère (l’arrêté interministérielle numéro 7717 du 24 novembre 2005 portant interdiction d’importation de poulets ) et a massivement investi dans la filière locale. Le résultat de cette politique assumée est plus que positif. La production est passée de 7 millions à plus de 60 millions d’unités de poulets avec un chiffre d’affaires dépassant 160 milliards de Fcfa. Une véritable chaîne de valeur a été structurée autour de la filière, partant de la production d’aliments au lancement de chaînes de restaurants dont KFC et Jolof Chicken, en passant par la production de poussins, de poulets de chair et toutes sortes de produits et sous produits.

Une telle filière doit être prise très au sérieux par le Gouvernement. C’est pourquoi j’invite les autorités à agir avec la plus grande rigueur et la plus grande diligence pour trouver la source de la contamination au H5N1 et l’éradiquer au plus vite.Il convient de savoir comment le virus est rentré au Sénégal puisqu’il n’y était pas avant.Est ce par des importations frauduleuses de poulets? Le cas échéant qui en sont les responsables?Il y aurait-il de nouveaux éléments dans la filière qui pourraient avoir des ramifications internationales en faisant venir des produits au Sénégal?Sachant que de nombreux pays, dont les États-Unis, mais aussi d’autres, ont perdu le marché Sénégalais depuis l’interdiction des importations par notre pays, et qu’ils font des pieds et des mains pour nous imposer la réouverture de notre marché, j’appelle aussi le gouvernement à envisager toutes ces pistes, y compris celles pouvant mener vers d’éventuels concurrents qui auraient tout à gagner en décimant notre filière. Un État doit être toujours sur ses gardes.

Au delà de la dimension économique, il y a aussi une dimension sanitaire importante à prendre en compte.Dans le contexte de la recrudescence de la COVID 19, et compte-tenu du fait que le H5N1 peut aussi affecter l’homme, toutes les mesures de précaution doivent être prises pour éviter que les deux fléaux ne nous causent encore plus de tort.

J’invite les citoyens à faire preuve de prudence et de responsabilité. Le danger est encore à nos portes et seule une prise de responsabilité individuelle et collective peut nous permettre de faire face. Si la seconde vague de la pandémie de la COVID 19, qui semble déjà être plus virulente que la première, s’installe durablement dans le pays, il se pourrait que nous ne puissions pas nous relever pendant bien longtemps.

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